Ce journal se veut une réflexion philosophique.
S’il y a bien au monde une machine que chaque personne aimerait inventer, c’est bien la machine qui sait dire si on vous aime.
Bien entendu, ce genre d’appareil n’aurait pas que des avantages. Les inconvénients seraient même, dans certains cas, terribles.
Pourtant, en cette seconde moitié du vingt et unième siècle, une espèce de savante un peu fêlée a fait des recherches sur ce genre d’engin et voici le rapport qui a été rendu à son sujet par l’OCI (Office de Contrôle des Inventions), après que divers incidents aient eu lieu lors de la phase de test.
Depuis la modification des termes de la loi, les micro-inventions à caractère médical sont susceptibles d’être produites à grande échelle afin que la majorité des habitants puissent avoir accès à leurs bénéfices. Le seul problème, dans le cas qui nous occupe, est que la société chargée de commercialiser l’ «APPAMO», autrement dénommée « machine qui sait dire si on vous aime » n’a pas pu réaliser tous les tests nécessaires à déterminer le caractère non dangereux de l’invention.
Au départ, c’était Madame Isabelle MAYETTA, chercheuse au CECS (Centre d’Exploration du Cœur et des Sentiments) depuis 20 ans qui était à l’origine de l’invention. Dans le cadre de ses recherches pour faire engendrer plus d’amour, elle a mis au point un petit appareil à greffer dans la paume de la main et qui permet, lorsqu’on pose la main sur quelqu’un, de déterminer avec certitude si cette personne vous aime ou pas.
Madame MAYETTA, avant de déposer un brevet pour cette invention, qu’elle considérait comme extraordinaire, se risqua à l’essayer sur elle avant même de savoir les risques que cela comportait.
C’était une erreur grossière de la part d’une scientifique de sa trempe mais elle se laissa griser par l’euphorie de la découverte.
Lorsqu’elle fût guérie de son intervention, Madame Mayetta se décida à essayer sa machine et posa la main sur son fils. Ce qu’elle découvrit lui fit énormément plaisir. Son fils, toujours si renfermé, l’aimait vraiment. Elle en était venue à douter de cela au vu du comportement parfois agressif qu’il affichait en sa présence. Après tout, peut-être avait-il d’autres problèmes, il faudrait qu’elle tire cela au clair, un de ces jours.
Par contre, lorsqu’elle posa la main sur son mari, elle fût ébahie de découvrir que celui-ci, qui vivait avec elle depuis vingt ans, la détestait franchement. Isabelle était éberluée et vraiment peinée de découvrir cela. En effet, son mari ne manifestait jamais la moindre animosité à son égard. Pourtant, en y réfléchissant bien, elle n’était pas souvent là et lui, dans le cadre de son travail, il sortait beaucoup. Il allait falloir également tirer cela au clair.
Elle commençait à se demander si c’était une bonne idée d’avoir mis au point un tel appareil, mais elle continua tout de même son expérience. Quelques semaines plus tard, pourtant, elle se fît ôter l’appareil et laissa tomber ses recherches. Elle rangea ses notes et son prototype dans la chambre des archives du CECS, persuadée qu’ils n’en ressortiraient jamais.